Accueil du site > Arguments > Éditos IO > L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES n°88
« Le non des Islandais à
un référendum sur une
dette bancaire les éloigne
de l’Europe » (Le
Monde).Précisons : de
l’Europe de Maastricht, des fonds de pension
et des spéculateurs nord-américains.
Et c’est une bonne chose. Mais en refusant
de rembourser 10 000 euros par habitant
pour la faillite d’une banque, le peuple islandais
se rapproche du peuple grec, qui combat
contre le pillage de la nation et de tous
les peuples d’Europe. Mais comment comprendre
que les partis de « gauche » islandais
(au gouvernement) aient refusé d’appeler
à voter non ?
Sous une autre forme, ces problèmes se
trouvent posés chez nous à l’occasion des
élections régionales. Tous les partis qui s’y
présentent proposent une politique régionale,
des objectifs régionaux, acceptant le
cadre de « l’Europe des régions ». L’Union
européenne,en effet, impose que les nations
soient morcelées en « régions », facilitant
la privatisation et le démantèlement des
conquêtes sociales et des droits ouvriers. La
même Union européenne,rappelons-le, interdit
d’interdire les licenciements au nom de
la concurrence libre et non faussée.
A quelques jours de l’élection régionale,
la direction deTotal vient d’annoncer la fermeture
de la raffinerie de Dunkerque. A la
question : « Total, vous le nationalisez ? »,
Martine Aubry répond : « Non,bien sûr (…).
Total (…) doit mettre tous les moyens pour
reclasser ses salariés et recréer sur le territoire
autant d’emplois qu’elle en a supprimés »
(Paris Match, 3 mars). La même Martine
Aubry appelle les Français à « voter pour des
régions qui les protègent (…) en matière de
formation,d’économie,d’emplois ».
Et du côté du Parti communiste français ?
L’éditorialiste de L’Humanité, ce 9 mars,
oppose l’annonce de la fermeture du site des
Flandres à la promesse faite par le gouvernement
d’une « table ronde spécifique à l’avenir
de la raffinerie des Flandres ».Comme si
cette table ronde annoncée il y a quinze jours
n’avait pas pour fonction de faire passer la
pilule de la fermeture de la raffinerie ! Pour
les élections, le Parti communiste français
propose la mise en place de « fonds régionaux
pour l’emploi et la formation », chargés
de « définir des objectifs sociaux chiffrés
de recul du chômage,de création d’emplois »
région par région.
Mais les travailleurs de la raffinerie des
Flandres exigeaient le redémarrage pour
maintenir tous les emplois. Pourquoi les dirigeants
du PS et du PCF refusent-ils de dire
clairement : aucune suppression d’emploi,
retrait du plan, redémarrage ? Pourquoi tournent-
ils le dos à la renationalisation ? La seule
issue serait-elle d’accompagner les plans de
destruction d’emplois ? Certainement pas !
Les travailleurs français, pas plus que
ceux de Grèce, d’Islande, d’Allemagne ou
d’Italie, ne veulent pas se voir imposer la
régression sociale généralisée au compte des
multinationales et des fonds de pension. La
lutte contre la privatisation, pour la nationalisation
et la renationalisation, pour l’interdiction
des licenciements, est plus que
jamais à l’ordre du jour.
La forte abstention pronostiquée par les
commentateurs pour l’élection régionale
exprimera une exigence de rupture : rupture
avec la politique du gouvernement Sarkozy
au service des licencieurs et des spéculateurs,
rupture donc,aussi,avec le consensus
qui,dans tous les domaines,découle de l’acceptation
du cadre de l’Union européenne.
Au-delà de l’élection régionale,qui n’ouvrira
aucune issue, cette exigence devra bien
s’imposer. N’en déplaise au Monde, le peuple
islandais semble bien proche aux travailleurs
français (et de toute l’Europe) ces jours-ci…
Daniel GLUCKSTEIN
Secrétaire national du POI