Accueil du site > Arguments > Éditos IO > L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES n°104
L’escamotage.
Certes, L’Humanité n’est plus
l’organe du Parti communiste
français. Ce n’est pas lui faire
injure que de dire que s’y exprime
l’orientation de ce parti.
Au lendemain du 24 juin, L’Humanité titre :
« 2millions de personnes dans les rues. La
France qui peut gagner ! » Puis, le 26 juin :
« 2millions ! Et Fillon reste sourd. » L’éditorial
évoque les « députés communistes et
du PG qui ont déposé leur propre contreprojet
à l’Assemblée », et conclut : « Ou bien
le projet Woerth est retiré et un vrai débat
s’instaure. Ou bien rendez-vous à la rentrée.
»
Conclusion pour le moins contradictoire
: s’il s’agit, conformément à l’exigence
de millions de grévistes et de manifestants,
d’imposer le retrait du projet, ce n’est pas
par un prétendu débat parlementaire que
cela se fera.
Mais enfin,notons que, ce 26 juin, L’Humanité
évoque la possibilité du retrait.
Passe le week-end…Lundi 28 juin,dans
L’Humanité, plus un mot sur les retraites,
hormis une évocation de la disposition qui
frappe les femmes fonctionnaires. De retrait
du projet, plus question. Mardi 29 juin : si
l’éditorial dénonce « l’hyper-austérité », le
mouvement de millions pour le retrait du
plan Sarkozy-Fillon-Woerth a totalement
disparu.
Côté PS, le 24 juin,Harlem Désir, numéro
2 de ce parti, s’est risqué à demander
le retrait du plan du gouvernement.
Depuis, silence.
L’affaire Woerth, c’est une certitude,
exprime la crise du régime, plus affaibli
qu’il ne l’a jamais été. Les choses s’accélèrent.
Le G 20 exige des Etats qu’ils prennent
les mesures les plus drastiques contre
les travailleurs et les peuples. Sarkozy dévoile
son plan de rigueur : 100 000 suppressions
d’emplois de fonctionnaires,
l’attaque contre l’assurance maladie.
Quelle conclusion les partis se réclamant
de la classe ouvrière devraient-ils en
tirer, sinon :plus que jamais, exiger le retrait
de la contre-réforme destructrice ?
Pourquoi escamoter cette exigence ?
Les dirigeants du PCF réclament « de vrais
débats contradictoires sur les retraites (…),
projet/contre-projet,argument/contre-argument
».Comme s’il y avait besoin de débats
et d’arguments ! Les dirigeants du Parti socialiste,
eux, demandent que les débats en
commission soient publics, comme si c’était
en commission parlementaire que les
choses allaient se jouer !
De toutes ces informations, les travailleurs
n’ont qu’une conclusion à tirer :
raison de plus pour les faire reculer sur les
retraites.
Signant la lettre ouverte dont le Parti
ouvrier indépendant a pris l’initiative (1),
ils sont nombreux à dire, et parmi eux des
militants du PS et du PCF : « Quelque chose
ne tourne pas rond : pourquoi les dirigeants
des partis s’obstinent-ils à noyer le poisson
? Que veulent-ils en réalité ? »
C’est ainsi que se regroupent travailleurs
et militants, agissant pour que soient
surmontés les obstacles à l’unité dressés
par ceux qui escamotent l’exigence commune
: retrait et rien d’autre ! Ce regroupement,
politique, s’inscrit dans un mouvement
plus vaste : le mouvement des millions
qui ont commencé à se rassembler
sur le terrain de classe, celui de la grève et
de la manifestation. C’est ce mouvement,
sur ce terrain, qui peut régler la question.
Daniel Gluckstein
Secrétaire national du POI
(1) Lettre qui dit notamment : « Dirigeants du Parti socialiste, du Parti communiste français, du Parti de gauche, l’heure est grave. Les travailleurs sont en droit de s’adresser à vous pour vous dire : prononcez- vous clairement. Assez de déclarations sur les réformes souhaitables, les contre-projets ! Assez de déclarations d’intention pour 2012 ! Un seul mot d’ordre : retrait du projet de loi Sarkozy-Fillon- Woerth sur les retraites ! »