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L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES n°107

Autre chose est le mouvement qui mûrit …

Que les milliardaires fréquentent les ministres, qu’ils se rendent des services réciproques, et que, de temps à autre, surgissent affaires et scandales… rien de nouveau sous le soleil de la Ve République. Ce qui est nouveau, c’est que des informations en principe confidentielles, des procès-verbaux d’audition chez un juge ou par la police se retrouvent dans les heures qui suivent diffusés sur les médias. Et cela systématiquement  !
Sans précédent à cette échelle, la crise frappe aux plus hauts sommets de l’Etat. Qui cherche à déstabiliser qui ? Et pourquoi  ?
Pourtant, aux sommets de l’Etat, tous sont d’accord pour frapper la classe ouvrière, faire passer les mesures de rigueur dictées par l’Union européenne et le FMI, « économiser » 100 milliards d’euros et tenter d’enchaîner les syndicats à ces plans anti-ouvriers.
Tous sont d’accord… Oui, mais voilà : depuis des mois, grandit dans la classe ouvrière un mouvement puissant qui cherche à bloquer la contre-réforme sur les retraites.
Il y a eu le 15 juin, il y a eu le 24 juin… D’un côté, à Washington, à Bruxelles, on s’impatiente des tergiversations du gouvernement Sarkozy et du mal qu’il éprouve à passer en force. D’un autre côté, dans les usines, les bureaux, les services et dans les organisations syndicales, monte l’exigence : retrait !
Surgit « l’affaire Woerth ». Sous la Ve République, tout converge sur la clé de voûte des institutions, le président de la République. Celui-ci est confronté à un dilemme : se défaire de Woerth, c’est mettre en danger la contre-réforme des retraites et le régime lui-même ; ne pas s’en défaire, c’est concentrer encore plus sur le sommet de l’exécutif.
Où ce régime et ce gouvernement déstabilisés peuvent-ils escompter un appui ? «  Nicolas Sarkozy a été élu pour cinq ans, cette assemblée a été élue pour cinq ans. Elle doit aller jusqu’au bout de son mandat », déclare François Hollande (PS). Jusqu’au bout de son mandat… jusqu’au bout de la contre-réforme des retraites ? Ce 20 juillet, les parlementaires socialistes déposent en commission des amendements au projet Woerth. Leur porte-parole, Marisol Touraine, déclare : « Nous espérons un large soutien »... y compris du gouvernement ! (Les Echos) Il faudrait donc amender la contre-réforme ? De son côté, Pierre Laurent (PCF) revendique «  l’abandon du projet de réforme des retraites » et que le dossier soit « enlevé à Woerth ». Enlevé à Woerth… pour être donné à qui ? Enlevé à Woerth… donc pas abandonné ?
Plus le temps passe, plus s’approche la date du 7 septembre, où la loi doit être soumise au Parlement, plus les travailleurs sont fondés à considérer comme intolérable que les dirigeants du PS, du PCF, s’obstinent à refuser de dire clairement et nettement « retrait ». Plus que jamais, tout se concentre sur l’exigence avancée par la lettre ouverte dont le Parti ouvrier indépendant a pris l’initiative (lire ci-contre).
Car rien n’est joué.
Une chose sont les déclarations au sommet, autre chose est le mouvement qui mûrit. Lucide, l’éditorialiste des Echos écrit ce 20 juillet : « Si péril il y a, il vient moins de l’hémicycle que de la rue, de cette manifestation syndicale unitaire du 7 septembre, dont les responsables de la majorité craignent qu’elle n’agrège les ressentiments.  » Les ressentiments ? Non. L’exigence commune : retrait !

Daniel GLUCKSTEIN secretaire national du POI

Cet article a été publié le 21 juillet 2010
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