Accueil du site > Arguments > Éditos IO > L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES n°108
Jacques Attali fut naguère
conseiller de François Mitterrand.
Nommé par Sarkozy, il
préside aujourd’hui la « commission
pour la libération de
la croissance française ». A ce titre, il présente
un rapport, dont, selon ses propres
termes, l’élément clé est « la maîtrise des
finances publiques ».Et de préciser : « Nous
voulons définir le programme commun
minimum qui devrait être appliqué,quoi
qu’il arrive, sans interruption pendant les
dix ans qui viennent et quelle que soit la
couleur politique des présidents de la République.
» Au coeur de ce programme : la
remise en cause de la protection sociale
et des garanties collectives de la classe
ouvrière.
Au compte de qui, ce consensus de dix
ans ainsi préconisé ?
Le jour même où Attali tenait ces propos
(Les Echos, 23 juillet), on apprenait
que les banques françaises avaient passé
avec succès les « stress-tests ». Ouf ! Les
travailleurs sont rassurés ! Il est vrai
qu’avec des centaines de milliards d’euros
de fonds publics injectés dans les trésoreries
des banques, c’était la moindre
des choses. Oui,mais attention ! Malgré
cet état florissant, les banques françaises
connaissent des difficultés sur les marchés
boursiers. Explication d’un spécialiste
cité par l’agence Reuters : « Il y a une
défiance du marché envers l’économie française,
qui pèse sur les banques françaises
(…), les investisseurs trouvent que les réformes
sont trop lentes en France. »
Nous y voilà. La remise en cause des
retraites ouvrières n’a donc rien à voir ni
avec la démographie ni avec quoi que ce
soit d’autre. Les « marchés » s’inquiètent
de la résistance ouvrière qui menace la
marche aux contre-réformes. Ils exigent
des garanties.
Au même moment, à Strasbourg (lire
page 16),General Motors prétend implanter
chez nous des méthodes antisyndicales
et anti-ouvrières directement importées
des Etats-Unis.
Et le consensus dans tout cela ? A Strasbourg,
les responsables du Parti socialiste
se félicitent de ce que le coup de force de
General Motors semble aboutir. Au même
moment, à l’Assemblée nationale
députés du PS et du PCF font
assaut d’amendements et se prononcent,
qui pour faire travailler les salariés jusqu’à
64 ans, qui pour l’allongement de la
durée de cotisation... Le gouvernement
leur répond en intégrant certains de ces
amendements.
Cela donne un avant-goût de ce que
L’Humanité (21 juillet) appelle « la bataille
dans l’hémicycle qui débutera le 6 septembre
».Bataille dans l’hémicycle !Vaste
pantomime, dont le résultat est donné
d’avance…
Il n’est qu’une bataille qui fera reculer
le gouvernement. Elle se déroule sur
le terrain de la lutte de classe, exigeant la
réalisation de l’unité sur un mot d’ordre
clair : retrait de la contre-réforme. Ce qui
suppose de ne pas se plier aux diktats de
Washington, du FMI, de l’Union européenne,
en un mot : de la classe des exploiteurs,
capitalistes, banquiers et spéculateurs.
Non,M.Attali. Ni pour dix ans,ni pour
dix mois, ni pour dix jours… La démocratie
ne s’accommode d’aucun « programme
commun » visant, au compte des
capitalistes, à étrangler la classe ouvrière
et enchaîner ses organisations. La démocratie
exige la rupture du consensus. Et
sur la base de cette rupture, les conditions
peuvent et doivent se réunir pour l’unité
de la classe ouvrière et de ses organisations
infligeant à ce gouvernement le recul
qu’appelle sa contre-réforme.
Daniel Gluckstein
Secrétaire national du POI